Contrôler un TDAH grâce à la jonglerie | Le Sac de chips
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Contrôler un TDAH grâce à la jonglerie

Vincent était un petit garçon turbulent. C’était le gamin perché au-dessus d’une étagère chez Wal-Mart qu’on dévisageait, l’enfant déplaisant qui faisait éclater les petits gobelets de lait au restaurant, un petit bonhomme de 9 ans, jamais invité aux fêtes d’enfants. Mais ça, c’était avant que Vincent se mette à lancer des balles dans les airs.

La Septilienne, Nancy Vallée, a deux enfants. Audréanne, 12 ans, à qui l’on a diagnostiqué un trouble du déficit de l’attention (TDA) et Vincent, 9 ans, TDAH, à qui on ajoute donc l’hyperactivité à ce trouble neurologique. Son fils prenait chaque jour 72 mm de Concerta (la dose maximale), en plus du Ritalin. Sa médication n’était plus efficace et les conséquences sur le quotidien de la petite famille étaient lourdes. «Depuis au moins une grosse année, je ne sortais plus, je n’allais plus au restaurant, je n’allais plus à l’épicerie, au magasin, je n’allais plus nulle part avec Vincent...c’était vraiment difficile », a confié au Journal, Mme Vallée.

Sauvé par un clown

Tout a changé, l’an dernier, lors d’une simple visite au Salon du livre de la Côte-Nord. Pendant que Mme Vallée essayait désespérément de faire le tour des kiosques, le petit Vincent, fidèle à ses habitudes, s’éloignait sans cesse de sa mère. «Ça faisait des heures qu’on était là et je n’avais pas encore réussi à regarder un seul livre, parce qu’il fallait toujours que j’aille le récupérer au kiosque de Jean-Pierre Veillet», a-t-elle raconté.

Jean-Pierre Veillet est un ancien professeur d’arts plastiques, auteur et surtout clown. «Mon garçon a été comme systématiquement attiré par lui», a souligné la mère de famille. Jean-Pierre Veillet et Vincent se sont naturellement mis à s’amuser et à divertir les visiteurs dans le hall d’entrée du cégep de Sept-Îles, où se tenait le Salon du livre. Jeux de mime, clownerie et différentes mises en scène improvisées ont capté l’attention de tous, mais particulièrement de Nancy qui n’en revenait simplement pas de voir son fils aller. « C’était la première fois que mon fils avait le droit d’être naturel, qu’il n’était pas jugé. Parce que d’habitude, tout ce qu’on entend, quand il s’énerve un peu comme ça, c’est : hey, moi je te dis je te l’assiérais cet enfant-là, si elle me le laissait je te le casserais», a rapporté Mme Vallée.

Les balles magiques

De fil en aiguille, la complicité entre les deux n’a jamais cessé. Inspiré du roman de Jean-Pierre Veillet, « L’invention du clown», Nancy Vallée a inscrit ses enfants à des cours de jonglerie. Pour la première fois, Vincent est devenu vraiment intéressé et motivé par une activité. « Les médecins m’avaient recommandé de lui faire faire des activités pour aider, sauf que quand on a essayé le karaté, il s’est fait expulser. La natation, il s’est fait rejeter. Quand on a fait ensuite la nage synchronisée, ç’a été aussi compliqué, il a fallu qu’ils ajoutent un entraîneur», a-t-elle illustré.

Depuis qu’il lance toutes sortes d’objets dans les airs, la dose de Concerta de Vincent est passée de 72 à 36 mm. «C’est le même principe que les balles de stresse. C’est relaxant, c’est quelque chose qu’il peut pratiquer seul lorsqu’il a ses plus grands moments d’anxiété. Il peut le faire à la maison, pas besoin d’être dans un endroit particulier», a expliqué la maman. «Parfois on fait ses devoirs, il n’arrive pas à se concentrer puis je l’envoie jongler un cinq minutes et paf, il revient, et ça fonctionne super bien» a-t-elle ajouté. Pour ce qui est d’Audréanne, ses résultats scolaires ont littéralement explosé. « Ma fille avait beaucoup de difficulté d’apprentissage et depuis la jonglerie, elle est passée des 24% à une première de classe», a lancé fièrement Mme Vallée.

Message d’espoir

Nancy Vallée a depuis imaginé un spectacle de jonglerie mettant en vedette ses enfants et l’auteur, Jean-Pierre Veillet. Ils ont donné plusieurs représentations sur la Côte-Nord et même au Salon du livre de Montréal. La mère de famille entend mettre sur pied une conférence pour transmettre son message d’espoir au plus de parents possible. «On est correct maintenant, on est une famille normale.»

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