La fois où j’ai retrouvé mon chat porté disparu depuis 7 semaines | Le Sac de chips
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La fois où j’ai retrouvé mon chat porté disparu depuis 7 semaines

Chat persan blanc
Illustration Christine Lemus

Chat persan blanc

Mon petit persan a beau être un chat un peu détestable, penser qu’il était peut-être mort sur le bord de la route ou en train de geler, paniqué quelque part dans une ruelle, ça me brisait le cœur.  

Ce chat-là, c’est un bibelot. Ne vous méprenez pas, il est magnifique et super photogénique, on l’aime, mais on l’appelle affectueusement «le petit désagrément». C’est une princesse. Il mange, il boit et il miaule pour avoir à manger ou à boire. Il dort sur nos vêtements les plus foncés possible question d’être certain d’y laisser ses poils les plus blancs. Il nous snobe constamment en laissant une distance minimum de un mètre entre nous et lui.    

Ça lui prend quatre verres d’eau en tout temps, sinon il miaule. Il n’a jamais joué avec rien de sa vie. Il nous dévisage comme si on lui proposait de mettre des glaçons dans un verre de vin rouge chaque fois qu’on essaie de brandir un petit grelot proche de sa tête. Il est terrorisé par les mouches qui entrent dans la maison. Par les coccinelles aussi d’ailleurs.    

Mon copain et moi, on a souvent dit à la blague que cette majestueuse boule de poils blancs ne survivrait pas une seule journée dans la nature...    

Puis, au début du mois de septembre: horreur. Après être partis en weekend, on revient à la maison. Notre voisine, qui nous voit arriver, nous demande si on a perdu notre «beau chat blanc qu’elle voit souvent trôner avec un regard d’incroyable supériorité sur le bord de la fenêtre». «Ben non», qu’on répond: notre chat n’a jamais mis les pieds dehors (d’après moi il n’aime pas le vent, ou quelque chose du genre), il n’a sûrement pas fait ça alors qu’on était parti deux jours. Ça serait ce qu’on peut appeler «la définition d’une très mauvaise idée».    

Mais oui. On fait le tour de la maison 14 fois, il n’est nulle part. La montagne de bouffe pour 16 chats qu’on lui a laissée pour deux jours est intouchée. On panique. On sort dehors, on parle à tous les voisins, on ratisse le quartier. Les voisins viennent chercher avec nous en apportant des lampes de poche, même si on ne s’est jamais parlé avant (on les remercie, d’ailleurs). On continue nos recherches jusqu’à tard dans la nuit, pas de minou. Le lendemain, c’est le branle-bas de combat. Je tapisse le quartier d’affiches.    

J’approche les enfants qui s’en vont à l’école pour leur demander s’ils ont vu mon chat. D’ailleurs, à ce moment précis, j’étais très contente d’être une fille.    

Je sors mes talents de communicatrices que je mets à profit de nos recherches. (ok, je fais un statut Facebook et une annonce sur KIJIJI.) On appelle aussi tous les refuges, les animaleries et les pizzerias du quartier (ça, ça avait pas rapport, mais on était stressé).    

RIEN. Personne ne l’a vu. Échec de l’opération «retrouver le petit chat.»    

Le temps passe  

Puis, après trois semaines, c’est le bonheur! On reçoit un appel: «J’ai trouvé votre chat, c’est sûr. C’est un persan blanc, pas de griffe, avec un reste de coupe lion.» Il était minuit. On saute dans la voiture en attrapant une bouteille de vin pour remercier la dame au passage. Arrivés là-bas, déception: ce n’est pas notre chat. Apparemment, on peut être deux à perdre un bibelot de chat persan blanc durant le même mois dans le même quartier. Pas cool. Alors on est rentré à la maison et on a bu notre vin.    

Et le temps a recommencé à passer. On se dit tranquillement qu’on ne reverrait plus jamais notre petit désagrément. Surtout que tout le monde à qui on en parle nous dit: «Il est soit mort, soit quelqu’un l’a ramassé.» (Merci Ben.) N’empêche qu’après sept semaines et avec le froid d’octobre qui s’installe dehors, on commence à les croire.    

Le miracle félin  

Puis, un soir, ça y est. Un autre appel. «On pense qu’on a votre chat». D’abord, on n’y croit pas trop. Puis, le monsieur nous donne son adresse: c’est à six maisons de chez nous. Cette fois, c’était la bonne.    

Notre chat lance un petit miaulement rauque quand on arrive et se blottit immédiatement dans les bras de mon copain. On n’en revient pas. On est environ à 200 mètres de chez nous. Combien de fois on est passé par là, jour et soir, en regardant partout? On ne sait même plus. Le monsieur nous dit que le minou s’est avancé vers lui, semblant en détresse dans la ruelle, et qu’il s’est arrêté et s’est assis devant une des affiches que j’avais posées. Oui, devant. Il est peut-être désagréable notre chat, mais il est futé. (Mise à part la fois où il s’est sauvé on ne sait pas comment et s’est retrouvé sept semaines dehors. Passons.)    

Arrivés chez nous, on déchante vite. Notre chat est un petit squelette au pelage gris. Il n’a que la peau sur les os et peine à rester debout, il s’écrase par terre en marchant. Il ne mange pas, ne boit plus. Une fois revenu en sécurité à la maison, c’est comme s’il avait abandonné et pouvait se laisser mourir en paix...    

Alors on repart en voiture, cette fois sans bouteille de vin.    

Après un passage d’urgence chez le vétérinaire, on apprend que notre chat devrait survivre. Mais il est effectivement à l’article de la mort, il n’a pratiquement plus de muscles, il est déshydraté et complètement dénutri. Avant sa fugue, il pesait environ 6 livres. Il n'en pèse maintenant que 2 et demi. Il est aussi en dangeureuse hypothermie, alors il passe une heure dans un mini incubateur pour chat (ça c'était cute). Mais au moins, il n’est pas blessé. On nous a aussi proposé son hospitalisation complète pour la nuit, mais on a préféré pouvoir éventuellement s’acheter une maison.    

Il fallait s’en occuper avec beaucoup d’amour et de soin pour qu’il reprenne des forces. Mais après une journée, il n’avait toujours rien avalé.    

Sur conseil du vétérinaire, on est allé chercher une seringue en plastique à la pharmacie ainsi que de la bouffe pour bébé... une commande un peu étrange. Je soupçonne d’ailleurs la caissière d’avoir appelé la DPJ. Mon chum s’est chargé de l’opération de survie alimentaire. Il travaille avec des bébés prématurés dans la vie, je jugeais donc que c’était beaucoup plus approprié qu’il manipule une seringue que moi. Une seringue dans l’œil (du chat ou du mien), c’est si vite arrivé.    

Après deux jours à le nourrir et à l’abreuver de force (c’est sûr qu’il nous déteste), il a recommencé à s’alimenter seul. Tranquillement pas vite, comme dirait ma mère. Ne brusquez pas Sa majesté.    

À partir de là, tout s’est bien passé. Après une semaine, son énergie était revenue. Après deux semaines, il était capable de sauter sur les chaises du salon (pour les couvrir de poils), et après trois, il a réussi à sauter sur le lit. Notre chat est de retour.    

Pendant que j’écris ces lignes, il miaule. Probablement que son eau n’est plus assez froide. Je vais aller voir.

  • MISE À JOUR: Quatre ans après son épisode dans la rue, le petit chat va toujours bien. Il est rendu à 15 ans et il est devenu colleux, personne ne sait pourquoi. 
Petit désagrément

Photo Caroline G. Murphy

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