LAISSONS MARIE-CHANTAL TOUPIN TRANQUILLE | Le Sac de chips
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LAISSONS MARIE-CHANTAL TOUPIN TRANQUILLE

 Hier soir, je suis allé assister au concert acoustique de Marie-Chantal Toupin au restaurant Saint-Hubert de Sorel-Tracy. Le billet coûtait 70$ et comprenait un repas trois services. 

 Pour la petite histoire, j’ai fait dans une autre vie une longue entrevue avec la blonde chanteuse, chez elle à Terrebonne. Une belle rencontre, pas de farce. On avait fumé des cigarettes sous la hotte. Fin de la parenthèse. 

 Malgré tout, c’est avec un peu de mauvaise foi que j’ai mis le cap vers le St-Hub de Sorel-Tracy, en essayant de me convaincre que c’est un peu ça mon travail. 

 Après tout, quand t’écris pour une section qui s’appelle Le Sac de chips, la couverture d’un évènement de ce genre s'impose aussi naturellement que la vulgarité chez une participante de l’émission Barmaids

 Le hic, c’est que depuis l’achat de mon billet, Marie-Chantal a encore fait des siennes virtuellement. 

 Il y a quelques jours, elle a suscité la controverse en critiquant le travail de l’armée, après être allée volontairement porter mains fortes aux sinistrés d’Oka, en marge des inondations. 

 «Ce qui me chagrine le plus, c’est de voir l’armée ne rien foutre et les policiers me regarder comme si je me cherchais des amis», avait publié la chanteuse sur Facebook, avant de présenter ses excuses un peu plus tard. 

 Trois jours plus tôt, elle ressuscitait ses bonnes vieilles MAJUSCULES pour péter un plomb sur Facebook. 

 C’est là que j’ai eu une prise de conscience : à quoi bon aller en rajouter une couche. 

 Mais le billet n’était pas remboursable et j’avais envie d’essayer le wrap au poulet. J'ai donc décidé d'y aller pareil. 

 Arrivé à destination, une centaine de personnes s’entassaient dans la portion «resto-bar» du restaurant. Des chums de filles dans la quarantaine, surtout, qui appellent affectueusement la chanteuse Marie. N’en déplaise à ses détracteurs, ses fans sont intenses, fidèles et lui pardonneraient n’importe quel faux-pas virtuel. 

 Prenez Marie-Claude Morin par exemple, venue assister au...500e concert de son idole. C’est ce qu’elle m’a dit en tout cas. «Marie, c’est ma Céline!», a lancé cette inconditionnelle, qui s’était négociée une table à quelques pouces de la petite scène. «Je capote, c’est mon cadeau de fête, j’ai le goût de brailler!», trépignait Marie-Claude, qui avait apporté un immense bouquet de fleurs destinée à SA Marie. 

 Cette fan finie, qui avait fait la route de Montréal, ne veut rien entendre des railleries qui ciblent sporadiquement sa chanteuse préférée. Ça la bouleverse trop. «J’ai eu peur qu’elle abandonne sa carrière ou qu’elle s’enlève la vie. J’ai moi-même fait quelques tentatives de suicide et c’est un peu elle qui me garde en vie», confiait Marie-Claude. 

 Au milieu de cette faune aux mèches multicolores, Gabrielle Chapdelaine, la jeune vingtaine, détonnait un peu. Pour elle, Marie-Chantal Toupin est tout sauf une fille qui multiplie les faux-pas sur les réseaux sociaux. «À l’âge de 10 ans, j’ai chanté Sans regret dans un spectacle à l’école, 16 jours après le suicide de ma sœur. C’est moi qui l’avait trouvée morte», a raconté la jeune femme, qui a grandi dans la région. «C’est sûr que je vais pleurer quand je vais l’entendre, ça me fait toujours penser à ma sœur.» 

 Pendant que je pianotais sur mon ordinateur au bar, le gérant de tournée de Marie-Chantal Toupin est venu me demander ce que je faisais. Il s’est un peu braqué quand je lui dis être journaliste. «J’espère que tu vas me faire un bon article», a-t-il plaisanté sans vraiment plaisanter. 

 Je l’ai rassuré. Mes deux pintes de Stella m’avaient humanisé. Je ne voulais plus niaiser Marie-Chantal, je voulais juste son bonheur. 

 Elle est facile à aimer de toute façon, Marie. Tout juste avant le spectacle, elle papotait avec ses fans en se grillant des cigarettes devant la porte. «Ma papoute!», s’est-elle exclamée en apercevant Marie-Claude Morin, qui s’est empressée de lui montrer des photos de sa petite dernière sur son portable. La chanteuse n’a pas caché son exaspération de faire encore les manchettes pour des mauvaises raisons. «J’ai reçu des menaces de mort. Des gens m’ont dit qu’ils allaient me donner des coups de pelles!», s'est-elle lamentée, sans filtre. 

 «Tes vrais fans vont toujours t’aimer!», lui a répliqué une dame. 

 Les lumières se sont tamisées à 20h. 

 Sous les applaudissements, Marie a attaqué son set avec Mal d’amour de Claude Michel, flanquée de ses musiciens. 

 «Marie! Marie!», scandait la petite foule après cette première chanson. 

 Après avoir remercié les gens de s’être déplacé, la chanteuse a rendu hommage à l’expression «ne pas avoir la langue dans sa poche» en lâchant quelques jurons pour détendre l’atmosphère et en pourfendant un peu les médias. Ben pas tous. «Je veux quand même remercier mon ami journaliste qui est ici!», a-t-elle lancé. 

 Ça, c’était moi. 

 Après la deuxième pièce, Marie-Claude Morin a offert ses fleurs à la chanteuse, qui a enchainé avec un cover de France D’Amour. Elle fera plus tard une version assez réussie de Time after time de Cynder Lauper. 

 Marie-Chantal Toupin a évidemment enfilé la plupart des tubes de son répertoire. Sans regret, Tout effacer, Comment j’pourrais te l’dire et plusieurs autres. 

 Entre deux bouchées de pouding chômeur, les gens s’époumonaient avec elle, lui criaient leur amour. J’ai réalisé d’ailleurs que je connaissais pas mal toutes les paroles de ses chansons. Travailler cinq ans dans un Provigo aura au moins servi à ça. 

 Généreuse, Marie-Chantal avait un sourire permanent estampé dans la face, badinait avec le public, arpentait la salle pendant les chansons pour distribuer accolades et high five­, en plus de laisser de l’espace à ses musiciens. Le guitariste Mathieu Ferland a d’ailleurs livré une solide version de Don’t stop believin de Journey. 

 Après deux heures et quart de musique, Marie a fait danser la foule avec ses mégas-succès Maudit Bordel et Chums de filles. Elle a même adapté les paroles de cette dernière à la sauce locale. «Chu sortie avec mes chums de fiiiiillles, une soirée de pitoune au Saint-Hubert!» 

 «Malgré tout ce qui peut se passer sur les réseaux sociaux, sachez que je ne vis plus que pour vous et que je vais chanter jusqu’à la mort, tant que vous allez être là», a laissé tomber la chanteuse, qui a ensuite quitté la scène pour s’adonner à une séance de dédicace. 

 En roulant vers Montréal après le concert, je me disais qu’on pourrait donner un petit break à Marie, passer par-dessus ses niaiseries, en majuscules comme en minuscules. 

 Et même si la chanteuse manque un peu de fini et devrait se tenir à des années-lumières de Facebook, des filles comme Marie-Claude et Gabrielle justifient à elles seules son existence. 

 Pour ce qui est du wrap au poulet, il était pas si bon.

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