Le Sac de chips | Cohabiter avec le Rockfest
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Cohabiter avec le Rockfest

Vendredi à Montebello. Les dizaines de milliers de festivaliers se remettent du déluge et de leur cuite de la veille. Le sol est spongieux. Le crachin malcommode n’empêche pas une poignée de jeunes de jouer au washer sur un terrain de la rue Cartier, sur lequel ils ont piqué leur tente.  

D’ailleurs, la quasi-totalité des gens qui prennent chaque année d’assaut le village de l’Outaouais campent. Sur des sites «officiels», mais surtout sur tous les terrains disponibles à Montebello.

Résultat: le moindre lopin est occupé par une tente ou une voiture.

Notre équipe s’entasse depuis deux ans chez Sophie, qui loue son terrain et les quelques espaces de son bungalow. Nous avons accès à la douche, la cafetière et le frigo, sans oublier une portée de bébés chats pour nous émouvoir.

Par la fenêtre, on aperçoit une dizaine de tentes dans la cour. Ses occupants, les mêmes à chaque année, viennent d’un peu partout. Il y a même deux gars du New Jersey couverts de tatouage qui passent leur journée à boire de la bière en bedaine, le sport national ici.

Comme Sophie, les Montebellois profitent du Rockfest pour faire un peu d’argent. Depuis 12 ans, cette manne tombée du ciel fait littéralement rouler l’économie locale.

Certains le font modestement, comme cet homme de la rue Saint-Dominique, qui met une douche à la disposition des festivaliers pour 5$. D’autres font de bonnes affaires.  

C’est le cas de la grand-maman de Carol-Anne, qui habite la rue St-Étienne. Depuis quatre ans, sa pelouse se transforme le temps d’un festival en stationnement et en terrain de camping. «On a neuf tentes et 27 autos. Ça coûte 25$ (par jour) pour le stationnement et 100$ pour la tente pour tout l’évènement», calcule Carol-Anne, une Gatinoise qui vient épauler sa grand-maman chaque année. «Les gens sont assez âgés ici et tout ça les stresse un peu. Mais les festivaliers sont super gentils et ceux qui dorment ici sont toujours les mêmes. L’un d’eux a amené des fleurs à ma grand-mère», raconte Carol-Anne.

Hugo Meunier

Un peu plus loin, le terrain de Georges Stanhope héberge depuis cinq ans une trentaine de jeunes du Lac St-Jean. «J’ai une bonne gang. Je pourrais en avoir plus, mais je mise sur la qualité et non la quantité», souligne M. Stanhope, qui demande 210$ pour la tente et le stationnement. Ce prix inclut l’accès à une toilette et à un boyau d’arrosage pour se nettoyer. «C’est un coup d’argent. C’est normal d’en profiter quand tu rentres une ville dans un village», résume-t-il.

Hugo Meunier

Le gigantesque camping « officiel» s’élève au bout de la rue St-Étienne. Le régulier et les deux VIP (l’un deux fourni la tente montée et les sacs de couchage). Au total, le site accueille environ 20 000 personnes chaque année, calcule Alex Tremblay, le directeur adjoint des opérations. «Hier c’était le déluge, mais les gens avaient quand même le sourire estampé dans la face en montant leur tente», raconte-t-il. Le sol boueux ne semble en effet freiner en rien les ardeurs des adeptes, qui attendent le Rockfest comme d’autres attendent Noël.

Hugo Meunier

Même si le son des vétérans québécois de Kataklysm rugit au loin, Caroline Deschâtelets lit tranquillement un roman derrière son petit kiosque. «J’ai de l’eau, du Gatorade et de la liqueur. J’ai dû vendre une centaine de cafés ce matin», souligne cette résidente de Mirabel, venue gérer la situation puisque ses parents sont très âgés. «On a des campeurs aussi, les mêmes depuis cinq ans. Ils ont hâte de se revoir chaque année.»

Hugo Meunier

Il est encore tôt, mais déjà tous les excès sont visibles sur la rue Notre-Dame, l’artère principale qui traverse le village. Les restaurants sont bondés, les files s’étirent devant les deux banques, les deux dépanneurs et la seule épicerie.

La musique résonne, les gens crient, boivent, fument et se nourrissent mal. Le soleil s’est aussi mis de la partie.

Dans ce décor décadent, le Café Entre amis, qui sert des repas indiens et végétariens, fait figure d’oasis. «Les gens nous disent que ça fait du bien de manger des légumes un peu», explique la propriétaire.

Hugo Meunier

De l’autre côté de la rue, les pensionnaires de la Résidence Montebello sont assis sur leur balcon, fidèles au poste, pour observer la faune bruyante et intoxiquée qui défile sans arrêt sous leurs yeux.  

Ils sont probablement les seuls à ne pas tirer profit du Rockfest.

Parce qu’ici tout semble avoir un prix, même les shooters gratuits...

Hugo Meunier

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