J'ai vu trois ours polaires en liberté sur un morceau de glace à la dérive et je ne suis plus la même | Le Sac de chips
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J'ai vu trois ours polaires en liberté sur un morceau de glace à la dérive et je ne suis plus la même

J’ai vu trois ours polaires en une journée, et je n’étais pas dans un zoo.

Honnêtement, je n’aurais jamais imaginé vivre ça. Premièrement, je ne pensais jamais aller me balader en brise-glace dans le froid glacial de l’océan Arctique. Je n’ai rien d’un Bernard Voyer, sauf peut-être la classe en ski de fond. Deuxièmement, je pensais que les ours fuyaient le bruit des moteurs d’un immense navire qui écrase de la glace comme un fou.

Laissez-moi vous raconter à quel point tout cela est faux.

D’abord, je me suis jointe pour une semaine au projet Canada C3, une expédition qui fait le tour du Canada en 150 jours en brise-glace, de Toronto à Vancouver (150 jours, 150 ans, vous voyez le concept?) Le trajet est divisé en 15 étapes et pour chacune d’entre elles, de nouveaux participants montent à bord du navire aux couleurs de l’unifolié (dur à manquer).

Caroline G. Murphy

 

Des scientifiques, des artistes, des étudiants, des journalistes: la croisière s’amuse.

Bref, j’ai rejoint la gang à Iqaluit samedi, et nous voguons depuis vers le nord, dans le but d’atteindre Qikiqtarjuaq samedi prochain. Oui, je sais, vous avez été incapables de prononcer le nom de la ville. Pas grave. Entre temps, vous pouvez imaginer qu’on se met des merveilles polaires plein la face: des phoques, des morses, des jeux de lumière épatants. Mardi, nous étions tous sur le pont à regarder la glace éclater, sans nous douter que nous allions retomber en enfance dans les minutes qui suivraient...

Le premier ours

On doit au comédien Maxime Le Flaguais, oui mesdames, Alexis Labranche en personne, le repérage de notre premier ours polaire. «I see one! A POLAR BEAR!» s’est-il écrié dans la langue de Wayne Gretzky, paire de jumelles braquées sur les yeux, créant l’excitation générale à bord du navire. 

Caroline G. Murphy

 

Les radios de l’équipage se sont fait aller, les moteurs se sont arrêtés, on s’est approché doucement et on a pu regarder l’ours quelques minutes avant qu’il ne jette son lunch (sa carcasse de phoque) et plonge à l’eau.

Je suis vraiment désolée, mais voici ce que j’ai pu faire comme photo du moment. Au moins, j'ai eu la présence d'esprit de vous le pointer. 

 

Oui, il était déjà dans l’eau. Oui, il s'agit bien du petit point blanc qui laisse une trace en triangle derrière lui. Visiblement pas intéressé par l’immense drapeau canadien ambulant qui s’approchait. Comme le but du voyage n’est pas de gâcher la vie des animaux, nous n’avons pas traqué l’ours plus longtemps.

Maxime est quand même devenu une célébrité sur le bateau. Pour nous, il l’était déjà, mais comme le dit le dicton, «quand les deux solitudes se rencontrent, ça prend parfois un ours polaire pour rapprocher les gens». «Tu es devenu l’homme qui a vu l’ours» lui a lancé une participante, un subtil mot d’esprit que l’acteur a jugé savoureux. Ou pas.

Les deux autres ours

Alors qu’on pensait que le moment le plus spectaculaire de notre journée était déjà derrière nous et que le reste de notre existence serait morne et sans saveur, une fille s’est agitée sur le bateau et s’est mise à pointer l’horizon. Enfin, c’est ce que raconte la légende. Moi, j’étais en train d’avaler deux gravol dans ma cabine. (Normalement, le mal de mer ne se fait pas trop sentir à bord d’un navire de cette taille, mais lorsqu’on bute à tout bout de champ sur des blocs de glace, disons que le corps encaisse quelques coups.) J’ai tout de même écouté mon flair journalistique (c’est-à-dire que le chef d’expédition m’a dit d’aller dehors, car je manquais tout), j’ai saisi mon appareil photo et je suis allée voir ce qui se passait.

Cette fois, on était tout prêt. Le silence régnait sur le pont. Deux magnifiques et majestueux ours polaires se prélassaient sur un morceau de glace à la dérive tout près du bateau. 

Caroline G. Murphy

 

Le spectacle était à couper le souffle. D’ailleurs, les images parlent d’elles-mêmes.

Michelle Munkittrick / Canada C3

 

Michelle Munkittrick / Canada C3

 

Nous sommes restés plus de vingt minutes à observer ces créatures du Nord s’amuser sur la glace et s’étendre au soleil.

Selon Vicki Sahanatien, la spécialiste de renommée internationale de ces ours plus jaunes que blancs qui fait le voyage avec nous, il s’agit d’une femelle et de son bébé, probablement né l’année dernière. Quand on constate que les deux bêtes sont presque de la même taille, on comprend que les oursons vivent toute une poussée de croissance lors de leur première année de vie. Ils doivent manger leurs croûtes de pain en accompagnement de leurs phoques. Bravo les ours.

Les scientifiques estiment la population d’ours polaires à 16 000 au Canada, et à 25 000 dans le monde.

J’ai donc vu trois des 25 000 ours polaires du monde en une journée. Quand même.

Malheureusement, cette fois-ci, Maxime Le Flaguais dormait.

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