En attendant Gaga (qui ne viendra finalement jamais) | Le Sac de chips
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En attendant Gaga (qui ne viendra finalement jamais)

Quelques heures avant l’annulation de son spectacle de ce soir, nous étions allés à la rencontre de ses plus ardents admirateurs.  Certains faisaient même le guet devant le Centre Bell depuis plusieurs jours.

Des inconditionnels de toutes sortes. Beaucoup de gars, quelques filles au travers, des gars habillés en filles, des filles habillées en gars... Plusieurs personnes aussi dont on ne pourrait deviner le sexe de naissance. De toute manière, ici, tout le monde s’en fout. «No matter gay, straight, or bi», comme le chante la Gaga.

La différence est célébrée dans toutes ses couleurs. Un fan parle même de «safe zone» pour décrire les concerts de sa chanteuse préférée. «Tu peux être comme tu veux ici. Personne ne va te juger. Alors que dans la rue, c’est autre chose.»  

Mais sous leurs costumes flamboyants et les épaisses couches de maquillages, plusieurs des personnes qui s’entassaient dans la file cet après-midi souffrent encore d’avoir payé le prix de leur marginalité.

Des fans dévoués

Joey en sait quelque chose, lui qui est arrivé sur le site il y a quatre jours pour s’assurer d’être aux premières loges ce soir. «Quand je me faisais écoeurer au secondaire, Gaga, elle, était toujours là pour moi. Elle a complètement changé ma vie.»

Celui qui a déjà réussi à rencontrer son idole à trois reprises comprend que son fanatisme peut paraître étrange. «Les gens doivent savoir que Lady Gaga, c’est bien plus qu’une chanteuse. C’est comme une religion. J’adhère à 100% à son discours de persévérance, de confiance en soi et d’ouverture.»

L’interprète de Bad Romance a bien beau être la prêtresse des libertés individuelles, ses concerts deviennent l’occasion de tisser de nouvelles amitiés. Sans Gaga, Joey n’aurait jamais connu Charles. «Toute une communauté s’est formée autour d’elle. Notre amour pour Lady Gaga nous a réunis», remarque ce dernier.  

Je ne doute pas que «leur amour» pour la diva reste intact, malgré l’annulation de son spectacle moins de deux heures avant l’ouverture des portes. Ceux que j’ai croisés cet après-midi vouent un tel culte à la chanteuse, qu’ils prétendent même avoir aimé ses deux derniers albums.

L’icône d’une génération?

Artpop et Joanne n’ont pas obtenu le succès escompté. C’est peut-être ce qui explique que la centaine de fidèles qui faisaient la queue devant le Centre Bell cet après-midi avaient à peu près tous l’âge légal de boire aux États-Unis. En tout cas, tous étaient adolescents quand Poker face jouait en boucle sur toutes les radios.

Ils ont alors découvert une chanteuse qui tranchait avec les nymphettes préfabriquées qui trônaient en tête des palmarès à l’époque. Quelqu’un qui leur parlait, qui leur disait de s’aimer comme ils sont. «Lady Gaga sera la Madonna de leur génération», pensait-on.

«Don’t be a drag, just be a queen», mais neuf ans plus tard, force est d’admettre que Lady Gaga ne détrônera pas la reine de la pop. Elle restera toujours une princesse tout au plus.

Mais concert ou pas, Lady Gaga peut encore compter sur une armée des fans de la première heure. Donnons-lui quand même qu’elle aura été plus qu’une simple chanteuse, l’icône d’une génération peut-être.