Je suis allé sur Amherst voir ce que les résidents pensent du changement de nom | Le Sac de chips
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Je suis allé sur Amherst voir ce que les résidents pensent du changement de nom

Jeffrey Amherst a beau avoir essayé de rayer les Amérindiens de la carte, ceux qui habitent la rue qui porte son nom ne se seraient pas offusqués que le controversé général britannique reste «sur la map.»

Le maire Coderre en a portant décidé autrement. Dans un esprit de réconciliation avec les Premières nations, il a confirmé la semaine dernière qu’Amherst serait complètement éliminé de la toponymie montréalaise.

Une décision qui enrage Gérard* à s’en faire dresser le peu de cheveux qui lui reste la tête. «On devrait assumer qui nous sommes. Si l’histoire, c’est si important que ça, comment ça se fait qu’on nous impose encore John A. Macdonald sur les billets de 10$. C’est deux poids, deux mesures crisse!», ne décolère pas l’homme de 67 ans. Pour la petite histoire, notre ex-premier premier ministre du Canada était réputé pour son racisme anti-francophone.

Mais si Gérard est aussi marabout aujourd’hui, c’est un peu aussi parce que sa porte a encore été défoncée par «des drogués» hier soir. Une situation récurrente pour celui qui habite la rue Amherst depuis plusieurs années. «C’est ça le vrai problème, pis la police ne fait rien», peste-t-il avant de bifurquer sur Ontario.

Un changement de nom coûteux

Quelques coins de rue plus loin, on tombe face à la Buanderie Amherst.

Le général Amherst est connu pour avoir donné des couvertes infestées par la variole aux Amérindiens. Aujourd’hui, on en lave dans un lieu nommé en son honneur.

Ironie de l’histoire peut-être, le propriétaire n’a pas pour autant l’intention de débaptiser son commerce. «Les Indiens avaient juste à savoir se battre», s’exclame même l’un de ses employés qui admet avoir appris qui était le général Amherst la semaine dernière.

Les Serruriers Amherst, situés à quelques pas de là, n’ont pas non plus l’intention de changer de nom.

Il faut dire que modifier le nom d’une entreprise peut coûter cher. Seulement pour mettre à jour l’adresse sur ses cartes d’affaires, un couturier qui a pignon sur rue un peu plus loin, prévoit dépenser 5000$. «À 5$ le bas de pantalon, ça commence à faire beaucoup d’argent!» 

Quel nouveau nom?

De l’autre côté de la rue, Sylvie est, pour sa part, plutôt indifférente «tant qu’ils ne la renomment pas la rue Denis-Coderre.»  

Réal, lui, espère que la Commission de toponymie rendra hommage à Raymond Blain, ancien conseiller municipal du secteur et premier élu ouvertement homosexuel au Canada. «Les Indiens ont eu ce qu’ils voulaient, là, à c’t’heure, c’est à notre tour. On est dans le quartier gai icitte!»

La semaine dernière, le maire de Montréal semblait davantage pencher vers un nom à consonance autochtone.

Comme Amherst était un symbole de la présence anglaise au Québec, des anglophones espèrent, quant à eux, que le nom d’un membre de leur communauté soit choisi pour remplacer celui du sanguinaire général.

Tant qu’il y aura des pauvres

Qu’elle s’appelle «Dorchester», «Donnacona» ou «de la Réconciliation», la rue Amherst continuera de traverser un des quartiers les plus pauvres de la Ville. Les itinérants et les junkies arpenteront encore ses trottoirs. Les vols resteront un problème courant.

Ses résidents et ses commerçants ont d’autres chats à fouetter que le nom qu’on lui donne.   

*nom fictif