Non, le magazine cochon n’est pas mort! | Le Sac de chips
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Non, le magazine cochon n’est pas mort!

Au lendemain du décès de Hugh Hefner, le flamboyant fondateur de Playboy, y a-t-il encore une place pour les revues érotiques en 2017?

«Dans mon temps, il y avait le catalogue Sears. Quand tu réussissais à voler un vieux Playboy à ton père, t’étais vraiment hot», se souvient un de mes collègues à la calvitie déjà avancée, commentant la mort du sugar daddy le plus célèbre de la planète. 

Il y a beau n’avoir que 20 ans qui nous séparent, ce qu’il me raconte me semble relié à l'ère jurassique.

Me semble que tout est donc plus simple aujourd’hui. Juste à taper YouPorn ou PornHub sur Internet et, BANG, le tour est joué! Des fesses, des queues, des chattes, des seins... En veux-tu, en v’là!

Puis, une fois que tu as vidé ta boite de Kleenex, il ne te reste plus qu’à supprimer ton historique de recherches pour être bien certain de déjouer le contrôle parental.

Comme ça, pas de danger que tes vieux sachent que tu préfères le squirt au deepthroat, les MILF aux Teens, les Bears aux Twinks...

Encore moins que ta mère tombe «par accident» sur les pages collantes du vieux Playboy volé à ton père en faisant le ménage de ta chambre, comme c’est sûrement déjà arrivé à mon collègue quasi-quadragénaire.

L'érotisme à son Summum

Si la porno est aussi facile d’accès sur le web, comment expliquer alors qu’on trouve encore des magazines coquins dans le fond des tabagies?

«Parce qu’avec la porno sur Internet, les gens peuvent voir tout ce qu’ils veulent très facilement. Mais ils ont encore besoin de fantasmer», croit Natasha Gilbert, la rédactrice en chef du Summum, la seule revue du genre au Québec.

Elle admet par contre que le tirage a décliné depuis sa création, il y a 15 ans. «Ça ne m’inquiète pas plus que ça. «Le marché du magazine, pas seulement celui érotique, a beaucoup changé dans les dernières années. Nous, on est chanceux, on a encore un bon lectorat.»

La nostalgie des vieux Playboy

Pour reconquérir le public qu’il a perdu aux mains d’Internet, le mensuel aux oreilles de lapin gambade de tous les côtés. Après avoir complètement évacué la nudité de ses pages l’an dernier, Playboy s’est réconcilié avec ce qui a fait sa renommée en février. 

Anne-Marie Losique, elle, est plutôt nostalgique des débuts de Playboy. «Hugh Hefner a complètement transformé l’Amérique puritaine de l’époque. Pas seulement sur le plan sexuel, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Dans les années 70, les grands intellectuels américains n’étaient pas du tout gênés d’accorder des entrevues à Playboy. Je pense que les revues pour adultes doivent s’inspirer de cette époque-là, un peu comme a fait le magazine Lui, en France, dernièrement.»

Photo courtoisie

En direct de Los Angeles, Anne-Marie Losique s’apprête à lancer sa troisième chaine de «divertissement pour adulte», comme quoi, selon elle, il n’y a pas que le hard porn qui puisse encore émoustiller.

Celle avec qui je me suis entretenu n’a rien du personnage provocant auquel elle nous a habitués sur les plateaux de télévision. Aujourd’hui, j’ai discuté avec Mme Losique, la femme d’affaires, celle qui tient tête à l’industrie de la porno, dont elle se défend bien d’appartenir.

«Je me bats pour que les jeunes consomment du sexe éthique. Parce que là, sur Internet, on est allé beaucoup trop loin.»

Le retour du balancier

Elle sera sûrement heureuse d’apprendre que les habitudes des Québécois changent, comme le remarque Nicola Lafleur, propriétaire de Pegas Productions, l’une des plus importantes maisons de production XXX dans la Belle province.

«Ce qu’il faut savoir, c’est que les gens cherchent dans la porno ce qu’ils n’ont pas dans leur vie. Il y a 15 ans, une fille qui suçait gorge profonde, c’était incroyable. Aujourd’hui c’est la norme. Depuis 3-4 ans, on voit donc que les consommateurs recherchent plus le romantisme et l’érotisme. Ça nous pousse à nous renouveler.»

Après avoir tout vu et tout fait, assisterions-nous ainsi au retour du balancier? Une fenêtre s’ouvre peut-être sur les Summum et Playboy de ce monde.