Pourquoi ne voit-on pas plus de Noirs au cinéma québécois? | Le Sac de chips
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Pourquoi ne voit-on pas plus de Noirs au cinéma québécois?

«Mes parents auraient sûrement beaucoup plus aimé que je devienne médecin. Un vrai métier où je pourrais gagner de l’argent.»

Mais Claude Emmanuelle leur tiendra tête et s’inscrira en cinéma à l’université. Un choix déchirant pour celle qui a quitté la Côté d’Ivoire avec sa famille il y a 10 ans.

«Dans la culture africaine, être une artiste, ce n’est pas du tout valorisé. Ce n’est pas ce que nos parents veulent pour nous. Et comme l’opinion de nos parents est sacrée, alors on va préférer les écouter plutôt que de faire ce qu’on aime», avance Claude Emmanuelle, la seule Noire de sa cohorte à l’Université de Montréal.

Les immigrants devraient pourtant s’intéresser au cinéma, selon elle. «S’il n’y a pas plus de cinéastes issus de la diversité, alors on ne se verra jamais à l’écran et aucun jeune ne voudra aller étudier en cinéma. On ne pourra donc jamais totalement s’identifier à la culture québécoise si on ne prend pas notre place.»

Un cercle vicieux dont Claude Emmanuelle a réussi à s’affranchir. Son père et sa mère ont finalement accepté sa décision.

Faire sa place

En l’écoutant parler, pas de doute qu’elle préfère manier la caméra que le scalpel.

Avec l’une de ses amies, Claude Emmanuelle travaille actuellement sur un projet de web-série. L’histoire de trois colocataires, une étudiante étrangère, une immigrante de première génération et une autre née au Québec, mais dont les parents viennent d’ailleurs. Chacune porte un regard bien différent sur la culture québécoise.

Un projet qui semble, sur papier, au diapason de ce qu’est le Québec d’aujourd’hui. Claude Emmanuelle se doute pourtant qu’il sera difficile de convaincre des producteurs d’embarquer dans l’aventure.  

S’enfarger sur la souche

Fabienne Colas en sait quelque chose. Actrice hyper connue en Haïti, on lui promettait une grande carrière lorsqu’elle a posé ses valises au Québec.

«Finalement, j’ai frappé un mur. Je me suis rendu compte ce que c’était d’être une actrice noire, qui parlait avec un léger accent.»

Photo Courtoisie Haiti en folie

Pour faire la promotion de la diversité, elle crée le Festival du film haïtien, qui deviendra, cinq ans plus tard, le Festival du film black de Montréal. La treizième édition se déroulait d’ailleurs la fin de semaine dernière.  

«Évidemment, il n’y a pas une culture noire, mais des cultures noires. Mais on s’est rendu compte que les films qui mettaient en vedette des personnages à la peau noire avaient du mal à être programmés dans les autres festivals.»

Fabienne Colas ne dira jamais que le Québec est raciste, bien au contraire. Selon la «Karine Vanasse haïtienne», ce sont plutôt des «préjugés inconscients» que doivent affronter les acteurs noirs.

«Les producteurs présument que la madame de Chicoutimi ne veut pas de Noirs à la TV. Pour avoir déjà habité au Saguenay, moi, je sais que les gens là-bas sont curieux et qu’ils aimeraient sûrement voir des gens différents à la télévision. C’est pour ça que je me bats.»

Plus ça change, plus c’est pareil

Treize ans plus tard, la diversité est sur toutes les lèvres, mais très peu sur les visages. La télévision et le cinéma québécois ont toujours autant de mal à refléter la réalité «des Blacks, des sikhs et des Jaunes...»

Cette année, Fabienne en a eu son voyage. Plutôt que d’écouter les Gémeaux, comme elle en avait l’habitude, elle a zappé pour les Emmys, le gala qui récompense le meilleur de l’industrie télévisuelle aux États-Unis.

Le vortex multiculturel de la culture américaine aura fini par l’aspirer. Quant à Claude Emmanuelle, elle admet aussi, sans gêne, préférer Orange is the new Black à Unité 9.

Et si c’était l’homogénéité, plutôt que la diversité, qui représente la plus grande menace pour l’identité québécoise?