Une géotempête dans un verre d’eau | Le Sac de chips
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Une géotempête dans un verre d’eau

Mon amour des films catastrophes est sans limite. Je chéris régulièrement le souvenir de cette scène d’Armageddon où Bruce Willis, qui suinte la mâlitude, se sacrifie de façon à ce que sa fille puisse vivre son amour de princesse pour Ben Affleck malgré son penchant awkward pour les biscuits en forme d’animaux. Et il ne se passe pas un Noël sans que je ressente le besoin de me retaper La tour infernale ou Le jour d’après parce que oui, ces films-là sont bien meilleurs en VF.

 

Je jubilais donc quand, en fin de semaine, j’ai épluché l’horaire du cinéma le plus près de chez moi, constatant par le fait même que j’étais passée à côté de la sortie d’un énième film catastrophe : Géotempête. Comme il n’y a pas de hasard, une rapide recherche sur la toile m’apprend que le film a été produit par le même gars à l’origine du chef-d’œuvre du genre, Le jour de l’Indépendance. Voir que j’allais manquer ça.

C’est armée de mes lunettes 3D que je me suis pointée à la séance d’après-midi de cette vue psychotonique. Mettons tout de suite quelque chose au clair, mis à part le jeu de Marion Cotillard, le 3D est sans doute la chose la plus overrated au cinéma. Il n’y a pas une météorite qui mérite que je me tape les odieuses lunettes tout le long du film pour deux trois passes boboches qui ne gagnent absolument rien à être visionnées en trois dimensions.

 

À lui seul, le casting me faisait jubiler. J’avais très envie de voir Gerard Butler sauver la planète en même temps qu’il développe une amourette avec une fille random (Alexandra Maria Lara) pseudo cheffe de la station spatiale internationale. Précisons au passage que cettedite fille n’a, comme d’habitude, pour seule fonction narrative que de servir de faire-valoir au héros masculin de cette fin du monde à la sauce hollywoodienne. Classique.

C’est clair aussi que l’idée de voir Andy Garcia incarner de manière douteuse un président des États-Unis (quel casting!) vaguement épais était tout aussi séduisante. À ce chapitre, je n’ai pas été déçue. On est loin de The Untouchables, mettons.

 

Mais c’est sans doute le scénario complètement prévisible qui m’a poussée à braver ma peur des punaises de lit qui, paraît-il, envahissent désormais les salles des cinémas les plus réputés, et à dépenser 42 $ plus taxes pour un popcorn et une liqueur en fontaine dégazée. Car il n’y a rien selon moi de plus rassurant que d’être évachée pendant deux heures sur un banc aux motifs psychédéliques et de stresser à propos d’une fin du monde qui n’arrivera clairement jamais. Quoique...

Tout le monde le sait que la Terre, menacée par une invasion ou une catastrophe naturelle quelconque, sera sauvée par le seul homme qui détient la formule mathématique ultime ou a la dextérité nécessaire pour chauffer n’importe quel vaisseau spatial dans n’importe quelles conditions de marde. Et cet homme a indéniablement beaucoup de problèmes personnels : il cultive une relation houleuse avec son ex femme, qu’il reconquerra dans le processus, est habituellement un assez mauvais père, aimant mais absent, a un penchant pour la bouteille et vit dans une roulotte loin de la civilisation, civilisation qu’il a fui des suites d’une bourde professionnelle passée. Habituellement, une personne, voire une famille entière, a été décimée suite à la bourde en question et il ne peut s’empêcher d’y repenser à chaque seconde de l’existence. Ce n’est qu’en sauvant l’univers d’une destruction certaine qu’il parviendra enfin à la rédemption. Je passe sous silence le fait que le héros désamorce TOUJOURS une bombe lorsque la minuterie est à quelques nanosecondes de l'explosion. Je rêve de voir une ogive se faire neutraliser lorsque le compteur affiche genre 17 minutes 23 secondes

 

Géotempête ne nous épargne aucun de ces stéréotypes, sauf qu’on comprend dès les premières minutes pourquoi ce film à l’avenir pourtant étincelant sera probablement l’un des plus gros flops cinématographiques de 2017. Si je résume l’histoire vite vite, le climat de la terre est rendu extrême à cause que les humains sont morrons, mais les hommes ont quand même trouvé une solution et ont mis au point une station spatiale chargée de contrôler tout ça, nous évitant l’apocalypse météorologique. Sauf que les méchants (qui ressemblent beaucoup à des Arabes, un hasard assurément) trouvent une façon de hacker la station et la transforment en arme de destruction massive capable d’éradiquer la planète. Une géotempête menace désormais l’humanité. Et c’est là Gérard Butller, le seul homme capable de tout arrêter, arrive pour tout arranger et sauver le monde.

 

D’habitude, je serais absolument ravie d’un tel menu. Parce que c’est pour ça que j’adore ce genre de film.  Cette prophétie écologique fataliste met donc en scène deux frères qui se haïssent, mais que l’adversité réunira, une petite fille beaucoup trop intelligente et philosophe pour exister dans la vraie vie, un petit chien mignon qui survivra (esti), un héros qui est prêt à se sacrifier mais qui sera sauvé à la dernière minute, and so on. L’affaire, c’est que malgré toutes les explosions, les millions de dollars déployés à l’écran et la mauvaise volonté manifeste des scénaristes, c’est plate. Et même si cette superproduction était l’un des blockbusters les plus attendus de l’année, tout ceci s’avère au final une géotempête dans un verre d’eau.

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