Le Sac de chips | Entrevue avec un homme qui a assisté à la Formule E après avoir payé lui-même son billet
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Entrevue avec un homme qui a assisté à la Formule E après avoir payé lui-même son billet

Depuis le début de ma carrière, j’ai maintes fois repoussé les limites du journalisme.

J’ai assisté undercover au mariage de Justin Trudeau, dormi trois semaines avec des itinérants, survécu à la guerre en Afghanistan, obtenu la première entrevue avec les parents de l’auteur de la fusillade de Dawson, patiné pour me rendre à la job, travaillé trois mois incognito chez Walmart et infiltré le milieu des salons de massage.

Et juste au moment où je croyais que mes meilleurs coups s’évanouissaient tranquillement dans le rétroviseur de ma vie... POW! Une nouvelle enquête – et non la moindre – s’est ramassée en haut de la pile sur mon bureau: retrouver quelqu'un qui a assisté à la Formule E SANS recevoir un billet de faveur.

D'emblée les statistiques jouaient contre moi.

TVA révélait en effet mercredi que seulement 5000 des 45 000 personnes ayant assisté au week-end de Grand Prix de Formule E l’été dernier ont véritablement acheté leur billet. Les autres auraient reçu des billets de faveur ou profité d’ententes avec des partenaires ou des commanditaires.

En somme, seulement 11 % des spectateurs auraient eux-mêmes payé leur entrée.

Si on extrapole cette statistique à l’échelle provinciale, 0,0625% de la population québécoise aurait donc déboursé de sa poche pour assister à l'évènement.

Si bien que dans un moment de désespoir exacerbé par la météo tristounette, j’en suis même venu à penser qu’il était plus facile de trouver des victimes d’Éric Salvail que des spectateurs «payants» de la Formule E.

Mais si Bob Woodward et Carl Bernstein s’étaient laissés décourager par des affaires de même, le scandale des commandites n’aurait jamais été révélé au grand jour.

Porté par la ténacité qui me caractérise, j’ai finalement réussi à dénicher un homme qui a assisté à la Formule E après avoir payé LUI-MÊME ses billets.

L'individu en question, que nous appellerons «Patrice Lambert» afin de préserver son anonymat, a courageusement accepté de nous raconter comment il a vécu les évènements de l’intérieur.

«La course coïncidait avec mes vacances. J’y suis allé avec mon fils Rémi, 7 ans. Il faisait un peu chaud», m’a raconté «Patrice Lambert», avec un aplomb impressionnant.

Ce résident d’Ahuntsic qualifie de «bien organisé» l’évènement, évoquant la présence de petits manèges pour divertir l'affable Rémi. «Il y avait quand même de l’ambiance! Et le bruit des voitures ressemble à celui d’un gros séchoir à cheveux», commente le Montréalais, qui assistait à sa première course à vie, toutes formules confondues.

Pour vivre l’expérience, il a dû débourser deux billets d’environ 50 $ chacun.

«Patrice Lambert» déplore d’ailleurs le fait d’être un des seuls humains sur la terre à l’avoir fait. «C’est un peu ridicule d’avoir caché le nombre de billets vendus, en plus d’avoir osé faire payer des gens alors qu’ils en ont tellement donné», peste le spectateur déçu, qui ne pense pas retourner à la Formule E, même si fiston Rémi a pour sa part eu du gros fun.

Le témoignage de «Patrice Lambert» aura ensuite permis de délier d’autres langues, comme en fait foi le message suivant, vu sous une publication Facebook.

 

En attendant la création du mot-clic #J’aipayémonbilletdeformuleE, laissons la conclusion de ce billet au maire sortant Denis Coderre, qui s’est à nouveau porté jeudi à la défense de sa course à l’aide d’une fine analogie sportive, accusant au passage les médias de «couper les cheveux en quatre». «Quand on va voir un match du canadien, il y a des gens qui reçoivent des billets de compagnies. Est-ce qu’ils sont vendus pareil? Oui», a lancé le maire sortant.

Vendus ou pas, les Canadiens risquent cependant d'avoir autant de misère à attirer les foules s'ils ne trouvent pas rapidement une façon de gagner. 

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