Pères Noël: les hommes derrière la barbe | Le Sac de chips
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Pères Noël: les hommes derrière la barbe

Ne le cherchez plus, le vrai Père Noël s’appelle René Blain. Son pôle Nord: la Place Rosemère. Bien assis sur son trône, quelque part entre le Zara et le Dynamite, il entend les doléances des enfants du monde entier.

Bon, peut-être plus ceux de la Rive-Nord de Montréal, mais n’en demeure pas moins que René ne se contente pas juste d’enfiler le costume rouge et blanc pour empocher un chèque ; il habite le mythique personnage. «Pour la période des fêtes, René Blain n’existe plus. C’est moi le vrai Père Noël. Ce n’est pas une job, c’est une passion», répète-t-il, le sourire plein de candeur.

Être «le vrai Père Noël», c'est beaucoup plus que de promettre des cadeaux en soupirant quelques «HoHoHo» au travers. Ça demande de la compassion, de l'écoute, mais aussi de la répartie. Non, les enfants ne demandent pas tous le nouvel artéfact de La reine des neiges ou les blocs Lego de l’année.

«Un jour, une petite fille m’a demandé de guérir son amie du cancer. J’ai dû lui dire que je ne pouvais rien faire pour son amie. J’ai pris du temps pour jaser un peu avec, la consoler, lui dire de penser à elle. C’est aussi ça un Père Noël», insiste René.

Les nouveaux curés 

Et il n'y a pas que les petits qui s'asseoient sur ses genoux. Chaque année, des personnes en âge de voter viennent eux aussi se confier à René. «Ils me parlent de leur séparation, de leur cancer, de leurs problèmes d'argent... Ils savent que je ne peux rien faire, mais ça leur fait du bien. On a beau avoir 2 ou 92 ans, à Noël, on est tous des enfants.»

Des situations pas toujours évidentes, mais pour lesquelles les Pères Noël de centres commerciaux dans la grande région de Montréal sont formés à chaque début de saison. Les hommes derrière la barbe doivent aussi fournir un rapport de police pour prouver qu’ils n’ont pas de casier judiciaire.

Prédestiné pour être le Père Noël

Pas de doute, René a la tête de l’emploi. «J’ai déjà le gabarit», rigole-t-il en se tapotant le ventre. René a aussi la barbe. Une longue barbe qu’il teint, tout comme ses chevaux, en blanc pour l’occasion. «Il faut que rien ne paraisse. Les enfants posent beaucoup de questions. Je dois faire tout pour qu’ils y croient.»

Étienne Paré

Il a la bonne voix en plus. Grave, douce et réconfortante, elle est parfaite pour calmer les enfants parfois apeurés qui pleurent dans ses bras.

René, qui a pris sa retraite du monde de l’éducation il y a 10 ans, le sait: il a la twist avec les tout-petits. «J’ai toujours aimé les enfants. Pour être le Père Noël, tu n’as pas le choix de toute façon. Même quand il y a une longue file et que les parents s’impatientent, il faut que tu restes calme et que tu te rappelles que l’important, c’est l’enfant. Quand tu es avec lui, ça prendra le temps que ça prendra, peu importe le nombre de personnes qui attendent.»

Le poids du costume

Louis Paquette n’est pas ce qu’on appelle dans le milieu «un Père Noël à vraie barbe». Dans «son royaume», le Carrefour Laval, Louis porte une perruque. «Il fait chaud là-dedans, mais je ne m’en rends même pas compte. Il y a toujours des enfants. Ça passe super vite», confie-t-il, lui aussi complètement émerveillé par la magie de Noël.

Étienne Paré

À un tel point qu’il en vient à oublier la forte odeur d’urine qui imprègne ses pantalons à la fin de la journée. «Que veux-tu? Ça reste des enfants!», répond-il, son regard toujours aussi lumineux que la maison du Sapin à des boules.

Puis la lueur dans ses yeux s’éteint brusquement. Ils se remplissent d’eaux quand il raconte avoir pris une photo avec une mère mourante et son enfant l’année dernière. «Elle était habillée très chic. Je me demandais pourquoi, puis je l’ai entendue dire à son mari, qui prenait la photo, que tout devait être parfait parce que ce serait le dernier souvenir que la petite aurait avec sa mère. Quand il a fini, j’ai dit à quelqu’un dans la file de les prendre tous les trois en photo avec moi», se remémore Louis, la gorge nouée.

À quelques reprises, René a également eu de la difficulté à rester dans son personnage. Des enfants aussi malheureux que La Petite Fille aux allumettes ou encore plus laissés à eux-mêmes que Kevin McCallister dans Maman, j’ai raté l’avion, il en a vu passer quelques-uns depuis six ans.  

L’année dernière, deux petites filles sont venues le voir pour lui chuchoter à l’oreille que leur belle-mère n’était pas gentille avec elles, qu’elle voulait les placer en famille d’accueil pour être seule avec leur père. «Sur le coup, tu as juste le goût d’aller voir la bonne femme, qui était juste à côté, pour lui demander c’est quoi son maudit problème, mais tu ne peux pas. Tu dois toujours te rappeler que tu es juste le Père Noël», gronde René.   

Les enfants d’abord

Lui et Louis sont d’accord: aucun prétexte n’est bon pour que le Père Noël se transforme en Grinch. «Un Père Noël, ce n’est jamais fâché. On doit toujours être souriant. On est là pour mettre de la joie dans le cœur des enfants.»

Il ne doit pas non plus devenir le père Fouettard. «Souvent, il y a des parents qui veulent qu’on chicane l’enfant pour lui faire peur, mais on ne le fait pas. Notre seul boss, c’est l’enfant», assure René.   

Louis, lui, a flanché une fois à la demande d’un parent. «Pendant qu’un enfant me donnait sa liste de cadeaux, son père me faisait signe de ne rien lui promettre parce qu’il n’avait pas assez d’argent pour lui en acheter cette année. Quand le p’tit gars a fini, je lui ai répondu que l’important, c’était d’avoir un père qui l’aime.»

«L’amour d’un père», Louis comprend ça, lui qui a deux enfants et quatre petits-enfants. Dans quelques jours, eux aussi viendront voir «le Père Noël.» «Ça me rend un peu nerveux. J’ai peur qu’ils me reconnaissent. Je ne voudrais tellement pas qu’ils arrêtent d’y croire à cause de moi!»

Il ne devrait rien craindre. Le vrai Père Noël, c’est aussi lui. C’est en fait tous ces hommes qui portent le costume et qui perpétuent la magie.