Souvenirs d’Abbittibbi | Le Sac de chips
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Souvenirs d’Abbittibbi

Pendant 36 ans, le tout premier album du groupe Abbittibbi, dont faisait partie Richard Desjardins, était introuvable sur le marché. La raison en est simple : l’album n’avait jamais eu de sortie officielle à l’époque. Presque quatre décennies plus tard, l’injustice est enfin réparée avec la véritable sortie de Boomtown Café, un disque qui comprend les classiques Le beau grand slow, Le chant du bum et Y va toujours y avoir.

Attablé dans un restaurant du Quartier latin, en compagnie d’un autre membre d’Abbittibbi, Rémy Perron, Richard Desjardins se rappelle l’histoire douce-amère de Boomtown Café, au début des années 1980.

« Quand l’album a été terminé, on n’était pas contents du résultat sonore, du matriçage, dit-il. Il avait été conçu pour passer sur les ondes d’une radio country à l’époque, CKVL. Ils étaient bandés sur Le chant du bum. Les producteurs ont tout compressé pour que ça puisse aller sur la fréquence FM. »

« D’une chanson à l’autre, il fallait monter ou baisser le volume, ajoute Rémy Perron. Ils n’avaient même pas égalisé ça ! »

Puisqu’ils n’étaient pas producteurs de l’album, les membres d’Abbittibbi n’avaient rien pu faire pour changer la situation. « On ne sait même pas combien d’albums ils ont imprimés, dit Richard. On n’a pas reçu une “crisse” de cenne ! »

Travail refait

Il y a quelques années, Richard Desjardins a parlé de l’album Boomtown Café à une personne de sa compagnie de disques. Celle-ci a réussi à trouver les deux productrices de l’album­­­ de l’époque. « Il y en a une qui vit maintenant à Barcelone, en Espagne ! dit Richard. Elle ne se rappelait plus vraiment ce projet-là. »

Ils ont tout de même réussi à retrouver les bandes maîtresses originales dans deux endroits à Montréal. « Elles étaient relativement bien conservées. Le nouveau matriçage a pu être fait. À Noël 2016, j’ai appelé les musiciens originaux de l’album et je les ai invités chez moi pour écouter ce qui avait été refait. »

Cette semaine, le groupe Abbittibbi lance donc officiellement « l’album qui n’a jamais vu le jour en 1981 ». « On célèbre un non-événement ! lance Richard Desjardins en riant. À l’époque, on n’a fait qu’un lancement à Rouyn, au Théâtre du Cuivre. »

Lapointe et Cabrel

Avec la sortie de l’album, certaines personnes apprendront peut-être que la pièce Un beau grand slow n’a pas été écrite par Éric Lapointe, mais plutôt par Richard Desjardins. Le rockeur avait connu un grand succès en reprenant cette chanson au début des années 2000.

« Il y a aussi bien du monde qui pense que Quand j’aime une fois j’aime pour toujours, c’est Francis Cabrel, dit Richard Desjardins. Une fois, pour le party de fête de notre batteur, un gars faisait du piano-bar et il avait annoncé que la prochaine chanson en était une de Francis Cabrel. Et il s’était mis à jouer cette pièce-là ! J’étais allé le voir pour lui dire que c’est moi qui l’avais écrite. Il m’avait répondu : T’es pas le premier à dire ça ! (rires) »

Un gros velours

Richard Desjardins trouve très flatteur de recevoir des hommages d’autres artistes, comme avec l’album Desjardins, paru l’an dernier, et qui comprend des reprises chantées notamment par Safia Nolin, Fred Fortin, Les sœurs Boulay et Philippe B.

« C’est un gros velours, dit-il. Ce sont tous de bons artistes. Je suis allé voir le spectacle à Rouyn. C’est tout bien fait. Ce sont des jeunes de 30-35 ans. Ça veut dire que la “zizique” a résonné quelque part. Je ne peux pas demander plus. »

Malgré la sortie de Boomtown Café, Richard Desjardins n’a pas l’intention de remonter sur scène avec Abbittibbi­­­. « Je ne pense pas. C’est de l’ouvrage », dit-il.

Le tout dernier spectacle du groupe remonte à 2000, selon Rémy Perron. « On devait jouer avant Les Colocs. Mais c’était la semaine où Dédé Fortin s’est suicidé », mentionne-t-il.

La difficulté d’écrire

Ceux qui attendent un nouvel album de Richard Desjardins devront continuer de prendre leur mal en patience. L’artiste de 70 ans, dont le dernier album remonte à 2011 avec L’Existoire, indique avoir amassé du matériel, sans trop savoir ce qu’il en fera.

« Je travaille toujours. Beaucoup plus lentement. Écrire une toune, ça vide un homme. Est-ce plus dur qu’avant ? Ç’a toujours été dur. Sinon, tout le monde en ferait ! (rires) »

► L’album Boomtown Café, du groupe Abbittibbi, est présentement sur le marché. Détails : richarddesjardins.com.