10 moments «Petite-Vallée» avec Patrice Michaud | Le Sac de chips
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10 moments «Petite-Vallée» avec Patrice Michaud

Élise Jetté

Le Festival en chanson de Petite-Vallée bat son plein et l’artiste passeur de cette année, Patrice Michaud, a déjeuné avec nous, le temps de se remémorer les grands moments vécus ici.
  

1– Patrice Michaud avait 27 ans en 2008 lorsqu’il s’est lancé officiellement dans le monde de la musique à Petite-Vallée, alors qu’il faisait partie des chansonneurs qui, pour la première fois, n’étaient pas en compétition les uns contre les autres. Un tournant dans sa carrière.   

«Au spectacle où l’on présente les chansonneurs, je jouais assis, en premier. Il y avait 300 personnes. J’ai dit “bonsoir tout le monde, cette année pour le festival, Alan et Nelson Mainville, le metteur en scène, ont pris une décision, les chansonneurs, ce n’est plus un concours, tout le monde est gagnant”. J’ai toujours cru qu’il fallait faire un spectacle à côté des chansons. Donc, je sors des petites lunettes et je sors un papier. Je commence à faire des remerciements comme si je fais partie des gagnants... puisque tout le monde a gagné. C’était ma première apparition sur scène. Les gens riaient, riaient, riaient... J’ai senti que je les avais dans ma poche. J’ai toujours voulu reproduire ce sentiment. J’ai toujours attaché mes chansons avec des monologues après.»   

2– Au moment où il s’est lancé en musique, Patrice Michaud était un employé du magasin de plein air MEC dans Saint-Roch à Québec. Ce qui n’est pas du tout à l’origine de son amour du grand air.   

«Je suis un imposteur absolu. Je connaissais quelqu’un qui m’a fait rentrer là. Ils ne m’ont jamais mis dans les secteurs nautique et d’escalade. J’ai toujours été un très mauvais vendeur. Un manteau en Gore-Tex, est-ce que ça respire? J’ai répondu à une madame: “Ça ne respire pas comme vous et moi”. Je n’ai pas les mollets du gars de trekking.»   

3– Patrice Michaud a rencontré de nombreuses personnes marquantes à Petite-Vallée, dont Dan Gaudreau.   

«Dan Gaudreau était de tous les combats à Petite-Vallée, c’est un gars de la place, il était dans l’organisation, l’un des bras droits d’Alan. Il est parti trop tôt il y a quelques années. C’est le gars que, quand t’allais te coucher, il n’était pas encore couché. ET quand tu te levais, il n’était toujours pas couché. C’était un ami. Il nous manque chaque année. Il y a une fondation à son nom qui ramasse des sous pour l’accès des enfants à la musique. Il y a une course dimanche qui est une collecte de fonds: La Guitare de course parce qu’il jouait de la guitare super vite.»   

4– C’est en 2005 qu’il a fait sa rencontre la plus inusitée à Petite-Vallée.   

«J’étais ici comme festivalier. J’ai fait le party totalement et absolument avec Benoit Paradis. À 4h30 du matin, on est paquetés et on en aurait pour 3h à marcher jusqu’à notre hébergement et il n’y a aucun transport. On se revire et, à l’autre bout de la pointe, il y a une dame qui se balance. On s’approche et c’est la comédienne Suzanne Champagne. Elle se balance à côté de son Westfalia. Elle n’est pas sur le party, elle est juste très heureuse de vivre. Elle nous a offert de nous reconduire. On s’est dit que ce n’était pas Suzanne Champagne. C’était l’incarnation du Saint-Esprit. C’est le moment le plus ésotérique que j’ai vécu ici.»   

5– Le meilleur show du Festival en Chanson qu’il ait vu: Paul Piché.   

«Je ne l’avais jamais vu en show. Je m’attendais à un artiste rouillé, et en après-midi, il avait l’air de venir de se réveiller. Je me suis dit que les artistes vieillissaient... Puis, plus tard, sur scène: une bête. La voix la présence et l’énergie. Tout. Je m’attendais à aller voir un chanteur qui allait m’endormir. Il m’a sacré une volée.»   

6– Pour lui, la toune qui fonctionne le mieux avec le village, c’est Chez nous de Daniel Boucher.   

«J’ai rencontré Daniel Boucher à Petite-Vallée. Quand je travaillais au camp en chanson, on avait monté cette chanson avec des enfants. C’est un très beau patriotisme. Une très belle chanson identitaire.»   

7– Son endroit favori dans le coin, c’est le Garage à Biel.   

«C’est à côté de l’ancien Théâtre de la Vieille Forge. C’est un personnage de l’endroit. Quand tout le monde était paqueté, il rentrait, il réparait les affaires. Quand tu réussis à gagner sa confiance, tu peux aller boire de la 50 avec lui. On y a eu des jasettes incroyables avec Michel-Olivier Gasse, Marc Déry. C’est un peu comme le garage à Noël Fortin (le père de Fred) à Chicoutimi.»   

8– Durant toute l’année scolaire, Patrice Michaud a entretenu des correspondances avec les enfants de la Gaspésie qui faisaient partie de la grande chorale qui a chanté ses chansons jeudi soir sur la scène de Grande-Vallée.   

«Quand ils se mettent à décrire leur amour pour leur région, c’est tellement pur et vrai. Ils sont pas en train de faire une demande de subvention. J’ai aimé l’absence de pudeur dont ils faisaient preuve. Ça vaut pour leurs inquiétudes. Ils m’ont dit qu’ils se sentaient écoutés, mais pas assez pour toutes les vérités qu’ils ont à dire.»   

9– En août 2017, le Théâtre de la Vieille Forge, endroit emblématique de Petite-Vallée, a brûlé. Puis, en mai 2018, la Maison Lebreux, l’auberge qui se trouvait aux côtés du Théâtre, a également été victime d’un incendie.   

«J’étais dévasté. J’étais au spectacle panquébécois de Secondaire en spectacle lors du deuxième incendie. On avait des jeunes de la place sur le show. J’ai parlé aux 800 jeunes rassemblés pour dire que, non seulement les jeunes de Petite-Vallée avaient fait une excellente perfo, mais qu’ils vivaient une expérience traumatisante: ils avaient perdu leur maison. Quand les ados décident de s’aider, c’est tellement fort. Ils étaient dans un cocon d’amour fort. Je ne crois pas qu’ils auraient pu être mieux entourés face à l’épreuve.»   

10– Dans toute sa restructuration, le Festival en chanson devra vivre de résilience et d’ambition pour que les choses redeviennent un jour ce qu’elles étaient; qu’elles deviennent peut-être même plus...   

«Je voudrais que le renouveau soit à la hauteur de ce que les gens ont toujours su créer ici. Ça n’a jamais été aussi achalandé. Je leur souhaite de pouvoir renaître, simplement. Que le phénix renaisse de ses cendres. Que ça rayonne encore plus grand. C’est peut-être l’occasion pour que le bout de chemin qui s’en vient soit encore plus grand.»   

Le Festival en chanson se déroule jusqu’au 6 juillet. La programmation est ici.

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