Les Cowboys Fringants: d’un extrême à l’autre | Le Sac de chips
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Les Cowboys Fringants: d’un extrême à l’autre

Image principale de l'article D’un extrême à l’autre
Photo courtoisie, John Londono

Quatre ans après l’acclamé Octobre, Les Cowboys Fringants sont de retour avec Les Antipodes. Au menu: quelques chansons engagées et d’autres loufoques, une recette qui a fait la renommée du groupe de Repentigny depuis plus de vingt ans. 

Retrouver les quatre Cowboys en entrevue est toujours un moment intéressant. En plus d’une heure de conversation, on sent le parolier et guitariste Jean-François Pauzé, le chanteur Karl Tremblay, la multi-instrumentiste Marie-Annick Lépine et le bassiste Jérôme Dupras toujours aussi unis. 

Les musiciens se connaissent depuis 25 ans et ils n’hésitent pas à se tirer la pipe à plusieurs reprises durant l’entretien. Quand on demande ce qu’ils pensent de la chanson Johnny Pou, Jérôme répond d’abord qu’il s’est battu « bec et ongles » jusqu’à la fin pour que la pièce reste sur l’album... On comprend ensuite que c’était plutôt l’inverse! 

« Les chansons de personnages, c’est mon petit bonbon, explique de son côté Jean-François Pauzé. Je me suis gâté un peu. » 

Polarisation du monde 

En écoutant Les Antipodes, on comprend que le groupe a voulu servir quelques pièces sérieuses parsemées de chansons légères. Le disque aurait-il pu n’avoir que des morceaux sombres? 

« On aurait pu le faire, répond Jérôme. Mais de faire de la scène avec ça pendant quatre ans, c’est un peu plate. Sur scène, c’est cabotin, très festif. » « À un moment donné, ç’aurait été trop lourd, ajoute Jean-François. Tu ne peux pas juste parler de ce qui va mal dans le monde pendant 12 ou 13 tounes. Ce ne serait pas les Cowboys. » 

C’est la raison pourquoi le groupe a décidé d’appeler son disque Les Antipodes, au lieu de L’Amérique pleure, qui était le choix initial. « Les antipodes est issu de la chanson D’une tristesse qui parle de la polarisation du monde dans lequel on vit », explique Jean-François. 

Le groupe a refait équipe avec le duo de réalisateurs, Gus van Go et Werner F, avec qui il avait collaboré sur Octobre. « Cette fois-ci, ils sont arrivés dès le début du processus et ils ont pu apporter leurs idées », mentionne Marie-Annick.  

Les Antipodes chanson par chanson  

Le Journal a demandé aux Cowboys de raconter les histoires derrières les dix chansons du nouvel album. 

 L’AMÉRIQUE PLEURE: 

« C’est la vision du monde actuel, objective le plus possible, à travers la lorgnette d’un chauffeur de camion qui part de la Floride et s’en revient chez lui à Montmagny, explique Jean-François Pauzé. C’est une road song classique à la Dylan un peu, ou Neil Young. On n’est pas allé souvent dans ces zones-là, le folk. Tu peux quasiment sentir le camion avancer. » 

« JF et moi, on chante ensemble, fait remarquer Karl Tremblay. Avant ça, il faut que tu remontes au premier disque, 12 grandes chansons, où l’on chantait presque toutes nos tounes en duo. C’est comme un retour à nos deux voix ensemble, c’est quelque chose. » 

LES MAISONS TOUTES PAREILLES: 

« Une chanson western spaghetti, un peu comme Le parrain, dit Jérôme Dupras. C’est peut-être celle où JF a été le plus inspiré de notre collaboration avec l’OSM. C’est la première fois qu’il se risquait à faire des progressions en demi-ton très colorées. » 

« Les arrangements de Simon Leclerc [chef d’orchestre de l’OSM] m’ont peut-être inconsciemment inspiré », reconnaît Jean-François. 

SUZIE PRUDHOMME: 

« C’est une chanson typique Cowboys, avec une histoire et des personnages », dit Jean-François. 

« Elle est la plus influencée de Sgt. Pepper's [album des Beatles], observe Jérôme. Il y a comme 120 pistes différentes à la fin. C’est un peu carnavalesque.» 

« Il y a une rythmique qu’on n’a pas utilisée souvent dans nos chansons, le rockabilly, dit Marie-Annick. C’était ça qui était le fun d’explorer sur cet album-là, aller chercher des rythmiques pas explorées. » 

ICI-BAS: 

« Une chanson d’espoir, dit Jean-François. Malgré les turpitudes du monde actuel, on est quand même des gens qui avons le bonheur assez facile. Il ne peut pas juste y avoir du négatif. C’était tout simplement le but. C’est une des premières chansons que j’ai écrites pour cette mouture-là. On l’a réarrangée pas mal. Marie a ajouté beaucoup de cordes. [...] La chanson a été quétaine pendant un petit bout de temps en studio et je ne l’assumais vraiment pas! On a travaillé là-dessus, j’espère qu’elle ne l’est pas restée. On trouvait que ça faisait Coldplay. On l’a «dé-Coldplayisé» (rires) ». 

SAINT-PROFOND: 

« C’est une de mes préférées, dit Jean-François. Contrairement aux autres membres du groupe, les chansons niaiseuses sont mes préférées. » 

« Je l’aime beaucoup, mais elle est raide quand même! remarque Marie-Annick. J’ai hâte de voir si on va la jouer en région. » 

« Ben là, Saint-Profond, ça n’existe pas, cette ville-là. C’est complètement utopique », renchérit Jean-François. 

MONONC ANDRÉ: 

« C’est ma deuxième préférée! (rires) lance Jean-François. Ce sont des clins d’oeil, des souvenirs d’enfance, des flashs de partys du Jour de l’an du côté de la famille à ma mère. Ils étaient 14 frères et soeurs. On se ramassait une cinquantaine de cousins, cousines, mononcles chez ma grand-mère. Et il y avait toujours un mononcle un peu plus éméché que les autres. Ce sont des souvenirs amalgamés à d’autres trucs. On a aussi vu des brosseux dans nos vingt ans de carrière. » 

« Comme en cuisine fusion, on est bon pour mélanger des styles, mentionne Jérôme. C’est le premier surf-opéra. » 

LA TRAVERSÉE (DE L’ATLANTIQUE EN 1774): 

« J’ai quand même fait de la recherche avant d’écrire la chanson, dit Jérôme. Ça m’a toujours fasciné, les gens qui traversaient l’Atlantique et ça leur prenait trois mois à cause des voyages catastrophiques. Le vent n’était pas au rendez-vous, le scorbut prenait là-dedans. J’ai essayé de faire une chanson gore tout en étant historique. Tout ce qui est dans la chanson, ce sont des trucs que j’ai lus dans des récits de voyage, dont un de Jacques Cartier. Sur chaque album, y’a toujours un petit volet historique. Sur celui-là est à portée humoristique, relié à l’alcool. Mais ça reste une chanson étoffée. » 

« On essaie souvent de donner un genre à nos chansons, comme un mélange de pop-folk-punk, dit Jérôme. Notre réalisateur dit qu’on fait de la musique de pirate. » 

D’UNE TRISTESSE: 

« Avec L’Amérique pleure et Les maisons toutes pareilles, c’est un peu la trilogie de l’album où les sujets se recoupent un peu, remarque Jean-François. C’est le constat le plus objectif possible sur l’époque actuelle qui n’est pas tout le temps parfaite. » 

« Cette toune-là, au début, on ne la pensait pas dans les meilleures, dit Marie-Annick. Finalement, on a failli la sortir en single cet été. Ça sonne nouveau dans notre son des Cowboys. » 

« Il y a un petit côté russe », dit Karl. 

« C’est notre Gogol Bordello de l’album! » ajoute Jean-François. 

JOHNNY POU: 

« C’est la chanson préféré de Jérôme », dit Jean-François. 

« Je me suis battu bec et ongles jusqu’à la fin pour qu’elle soit sur l’album », indique Jérôme. 

« C’est tout l’inverse de ce qui s’est passé! (rires) » lance Marie-Annick. 

« Mononc André et Johnny Pou ne sont pas mes préférées et souvent, je les skippe, dit Marie-Annick. Mais je sais que ce sera vraiment le fun en show, peu importe où on va les placer. Ce sont des tounes de danse, je sais qu’elles vont trouver leur place dans le spectacle. » 

« Y’en a bien, des gars comme ça (Johnny Pou), dit Karl. Je suis sûr que dans chaque gang d’amis, les gens vont reconnaître quelqu’un. » 

SUR MON ÉPAULE: 

« Une petite chanson touchante et simple, dit Jean-François. C’est une mélodie qui traînait dans mes tiroirs depuis quelques années. J’ai un vieux dictaphone à petite cassette que j’ai retrouvé. J’avais ça dans le temps de La Grand-Messe. J’ai réécouté ça, c’était de la scrap à 90%! Mais j’ai aimé cette mélodie-là et j’ai brodé autour. » 

« Celle-là, on aurait pu la prendre plus basse pour Karl, mais c’est une tonalité touchante, ça fait différent de nos autres chansons », dit Marie-Annick. 

« Le refrain, c’est comme une histoire d’amour d’un couple qui va bien, qui dure et qui traverse dix ans, remarque Karl. Les chansons d’amour, c’est souvent quelqu’un qui s’est fait sacrer là par l’autre. Mais là, y’a de l’espoir dedans. C’est de continuer, de traverser les épreuves. Je trouve que ça amène un message d’espoir positif pour la longévité de l’amour. » 

Le nouvel album des Cowboys Fringants, Les Antipodes, est disponible sur le marché. Le groupe sera en spectacle au Grand Théâtre de Québec, le 29 novembre, et au MTelus de Montréal, le 27 décembre. Pour toutes les dates: cowboysfringants.com. 

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