Le père, le fils et Cat Stevens | Le Sac de chips
/harddrive

Le père, le fils et Cat Stevens

2020 oblige, je pense à des trucs sombres ces jours-ci. 

Yusuf/Cat Stevens   

Photo courtoisie

★★★★1⁄2

Tea For The Tillerman 2

Je pense notamment à mon père qui, quelques semaines avant de se faire emporter par son cancer, me disait : « T’sais, André, ça ne va pas aller mieux. Il n’y aura pas de miracle. J’veux pas que tu te fasses de faux espoirs. Ça achève. Il n’y aura plus rien ensuite. » Tout ça alors qu’on regardait du golf à la télé. Quadruple boguey, en effet.

Fort heureusement, il avait tort. Les souvenirs demeurent.

Comme sa réaction à ma mésaventure avec le téléviseur familial (conseil d’ami : gosser avec des aimants sur un écran cathodique, c’est non), voire la fois où j’ai cassé un caméscope – qu’il avait loué ! – pour filmer mon 8e anniversaire. Il y a également les parties de Sega qui me reviennent en tête (il passait les niveaux difficiles, je m’occupais du reste) et, bien sûr, la musique. 

Chaque samedi, il faisait jouer du Cat Stevens alors qu’il préparait des crêpes. Je n’étais pas un grand admirateur (je préférais Aerosmith à l’époque... honte à moi), mais comme le chien de Pavlov, j’en suis venu à associer Peace Train et autres Saturday Night à des odeurs, à des goûts, à ce rituel et – surtout – à des moments précieux qui, eux, survivent à la maladie.

J’y pense, car Cat Stevens – également connu sous le nom de plume Yusuf depuis sa conversion à l’islam – me remue cette semaine en proposant une relecture de son classique Tea for the Tillerman paru il y a 50 ans (!) cette année. 

Bien que sa voix n’est plus aussi puissante qu’auparavant – l’artiste a 72 ans, après tout –, Cat Stevens la maîtrise toujours autant. Même que Father & Son s’en trouve revigoré, sujet oblige. À vos mouchoirs, bref.

Autre distinction : ces reprises s’avèrent plutôt sages. Généralement, l’auteur-compositeur-interprète opte ici pour une direction plus pop que folk (les nostalgiques de Fleetwood Mac devraient apprécier), mais les subtilités amenées plairont tout de même aux admirateurs en plus de permettre à une nouvelle génération de découvrir l’œuvre de ce vétéran qui, mine de rien, se glisse bien dans une liste d’écoute rassemblant certaines pièces de Father John Misty, voire de Soccer Mommy.

De mon côté, j’espère surprendre ma propre fille avec cette version 2.0 de Tea for the Tillerman ce week-end, bien qu’elle préfère Lil Nas X (ce qui est déjà plus cool qu’Aerosmith à son âge). Peut-être que ça passera mieux avec des crêpes. Sûrement que je penserai moins à des trucs sombres ensuite.

Merci Yusuf. T’es toujours le bienvenu chez moi.  

Totalement Sublime   

Photo courtoisie

★★★★

Totalement Sublime 

Duo rassemblant les musiciens locaux Élie Raymond (Foreign Diplomats) et Marc-Antoine Barbier (Choses Sauvages), Totalement Sublime y va d’une proposition particulièrement pointue pour son premier album éponyme : des chansons inspirées de compositions pop expérimentales japonaises des années 80 et reposant sur une boîte à rythmes Korg Super Drums DDM-110. En résulte une offrande, au final, quand même accessible et animée. Les admirateurs de M, de Dumas, voire de TV On The Radio devraient tendre l’oreille. 

Zoe Sanders   

Photo courtoisie

★★★

Viral Education 

Artiste pop montréalaise récemment recrutée par Audiogram, Zoe Sanders s’en tire à bon compte avec cette épreuve qu’est le premier album. La principale intéressée et ses collaborateurs, dont le producteur Thomas « Lefutur » B. Champagne (qui a également épaulé Yes McCan et Eli Rose, notamment, par le passé) jette des bases convaincantes, mais peine à transcender leur genre de prédilection. Ça fait très Charlotte Cardin ou encore Alicia Moffett. Bref, ça fait écho à plusieurs congénères sans toujours se distinguer. Mais, parce qu’il y a un mais, la suite est prometteuse.  

Max D Tremblay   

Photo courtoisie

★★★1⁄2

POST-

Le comédien et chanteur refait surface avec un nouveau maxi qui se prend bien à l’approche d’un automne où la résilience sera de mise. Optant pour une direction plus pop planante, mais qui ne fait pas fi des rythmes pour autant (Et je tombe, qui lance le bal, en témoigne tout particulièrement), l’EP épate. Imaginez Les Louanges, mais en plus « ondes FM » dans l’approche et vous devriez avoir une bonne idée de l’ambiance qui baigne POST-. Tremblay livre peut-être ici l’œuvre la plus intéressante de sa discographie. Vivement une suite.

Coup de coeur    

THE JAMESTOWN SHEIKS

Photo courtoisie

★★★

Lennon & McCartney Reggae Style

Autre album qui a 50 ans en 2020 : cet album méconnu de covers des Beatles à la sauce reggae qui fut dévoilé sur les plateformes numériques pas plus tôt qu’hier. Lennon & McCartney Reggae Style, c’est une douzaine d’adaptations du Fab Four aussi charmantes que chaleureuses et, au final, pas si hétérogènes qu’on pourrait le croire. Bien que l’exercice ne passera visiblement pas à l’histoire (en plus de demeurer très collé – voire trop – au matériel source), il s’avère bien foutu. La version d’I Want To Hold Your Hand des Jamestown Sheiks vaut au moins une écoute.

À lire aussi

Et encore plus