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23 ans après sa double amputation, il se fait greffer 2 nouveaux bras

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«Homme-tronc» par accident, il voulait redevenir un «homme entier», expliquent ses chirurgiens. À Lyon, dans le centre-est de la France, un Islandais a été greffé des deux bras au niveau de l’épaule, une première du genre, sans que l’on sache encore quels mouvements il pourra effectuer. 

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«À quelqu’un auquel il manquait beaucoup, apporter un peu, c’est déjà beaucoup», estime humblement le Dr Aram Gazarian, responsable chirurgical de l’intervention. «Si l’on peut lui restituer une flexion active du coude, on lui change la vie.»

Les médecins ont bon espoir pour le bras droit, moins pour le gauche, pour lequel il a fallu reconstruire toute l’épaule. Ce serait «magnifique» que Felix Gretarsson récupère aussi l’usage des poignets et des mains, mais les médecins ne font aucun pronostic.

Il n’empêche: l’opération réalisée le 13 janvier, 23 ans après un terrible accident du travail, était «le rêve le plus cher» de cet Islandais de 48 ans, a confié son épouse Sylvia lors d’une conférence de presse organisée vendredi à l’hôpital Édouard-Herriot avec l’équipe médicale.

«Pour moi, mon mari ne manquait de rien, l’opération n’était pas nécessaire», assure celle qui l’a rencontré avec son handicap. Elle n’a eu de cesse, néanmoins, de le soutenir durant les cinq années passées à attendre des greffons - les donneurs manquent et les délais s’allongent, au grand dam des médecins.

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La vie de cet ouvrier électricien a basculé le 12 janvier 1998. Alors qu’il travaille sur une ligne à haute tension en Islande, une décharge de 11 000 volts lui brûle les mains et le projette sur le sol glacé. Le corps meurtri par d’innombrables fractures, les organes internes touchés, il est plongé dans le coma pour trois mois. Quand il se réveille, il est amputé.

Il subit de très nombreuses opérations, dont une greffe du foie. Déterminé à retrouver des bras, il n’hésite pas, en 2007, à exposer son cas au professeur lyonnais Jean-Michel Dubernard, pionnier mondial de la greffe des mains, de passage à Reykjavik pour une conférence.

«J’arrive! »

L’espoir naît après de premiers tests, et «l’homme sans bras» qui émeut l’Islande déménage à Lyon en vue d’une opération. En 2010, un protocole spécifique de recherche clinique est lancé par le professeur Lionel Badet au sein du CHU (centre hospitalier universitaire), en partenariat avec un établissement privé, la Clinique du Parc.

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Au total, une cinquantaine de personnes ont participé à cette prouesse. «On avait un groupe WhatsApp et quand on a su qu’on avait un donneur, tout le monde a répondu: j’arrive!» raconte le professeur Emmanuel Morelon, responsable de la thérapie immuno-suppressive destinée à éviter le rejet de la greffe.

Quatre équipes de chirurgiens ont préparé simultanément donneur et receveur afin de limiter au maximum le temps d’ischémie – privation de vascularisation – des muscles. Cette première phase a duré au final moins de cinq heures, durant laquelle les nombreuses structures nerveuses ont été étiquetées pour être facilement identifiées ensuite.

Une fois détachés, les bras du donneur ont été transportés vers le bloc opératoire du receveur, tout en étant remplacés par des prothèses esthétiques afin de redonner au corps du défunt une apparence acceptable pour ses proches.

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La transplantation a duré ensuite 1h50 pour le bras droit, 2h20 pour le gauche. Reconstruction osseuse d’abord, puis revascularisation des membres avec suture des artères et des veines, avant le plus long: raccordement des muscles, des tendons et des nerfs, et enfin, la mise en place de la peau.

Neuf jours plus tard, aucune complication sérieuse n’est observée. La cicatrisation est en cours et seule une thrombose veineuse, sans conséquence sur le greffon, est traitée. Le patient est encore loin de bouger ses bras, mais il avait l’air satisfait sur une courte vidéo diffusée depuis son lit d’hôpital.

«À ce niveau d’amputation, on ne peut rien promettre», souligne le Pr Badet. «Il a des années de rééducation devant lui, mais on va l’accompagner toute sa vie, on s’engage à ne jamais le lâcher», assure le Pr Morelon.

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